On passe souvent aux cosmétiques naturels parce qu’on entend tellement de polémiques sur la cosmétique conventionnelle qu’on finit par se méfier et qu’on veut des produits dits cleans aux ingrédients naturels. Quelquefois on franchit le pas qui mène au DIY, on découvre le plaisir créatif de faire ses cosmétiques et oh mon Dieu l’océan de possibilités qui s’ouvre à nous!

Mais quelquefois aussi, on ne trouve pas les bonnes informations et on oublie qu’utiliser des ingrédients naturels ne nous dispense pas d’être prudente et que tout n’est pas bon à utiliser pour tout ou que tout ne convient pas à un produit fait maison. Du coup, on prend des risques sans le savoir et on fabrique des produits, certes naturels et faits maison, mais pour le compte bien moins sains que les produits conventionnels qu’on cherchait à éviter au départ. C’est ballot.

Ça m’embêterait que ça vous arrive, alors je vous ai fait une liste de 7 ingrédients naturels très populaires à utiliser avec prudence dans vos cosmétiques faits maison, non pas parce qu’ils sont dangereux en soi mais parce que leur utilisation est délicate.

1. LES ARGILES

Les argiles sont géniales, j’en ai plein mes placards. Elles peuvent être utilisées pour faire des masques bien sûr, mais aussi des nettoyants, pour atténuer l’effet gras d’un baume ou pour le colorer et je ne fais qu’effleurer toutes les possibilités!

Le problème qu’on rencontre quand on veut formuler avec des argiles vient justement de leur principale qualité: leur pouvoir d’absorption. Si vous fabriquez un masque, il sera impossible à conserver avec un conservateur naturel classique type Cosgard car l’argile absorbera le conservateur et votre masque ne sera plus protégé contre la contamination. Je ne sais pas vous (enfin si je sais) mais je n’ai pas franchement envie de m’appliquer un masque infesté de bactéries, de levures et/ou de moisissures!

Ça ne veut pas dire qu’il ne faut plus faire de masque à l’argile quand-même! Il suffit de préparer un masque minute ou si vous voulez une formule un peu élaborée avec plusieurs ingrédients et que vous avez la flemme de la préparer à chaque fois, il suffit de préparer un masque avec des ingrédients secs sous forme de poudre que vous ne mélangerez à de l’eau qu’au moment de l’appliquer.

2. LE CHARBON ACTIVé

Le charbon activé est très populaire depuis quelques années, particulièrement dans les soins pour les peaux des ados et les peaux acnéiques. D’abord, il colore les produits d’un noir profond qui produit son petit effet, ensuite il a les mêmes propriétés adsorbantes que certaines argiles. En gros, il attire les bactéries et les petites particules qui s’attachent à lui pour être ensuite facilement enlevées, quand vous retirez votre masque par exemple.

Du coup, vous vous en doutez, il pose le même problème. Bonne chance pour conserver un masque ou un nettoyant contenant de l’eau (ou tout autre ingrédient aqueux) et du charbon activé! Mais du coup aussi, la solution est la même: masque minute, masque ou nettoyant en poudre à activer au dernier moment avec de l’eau.

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3. LE MIEL

Là, vous vous dites: “non, pas le miel!”

Si, le miel.

Pourtant, s’il y a un ingrédient que j’aime, c’est bien celui-là et je chante ses louanges à qui veut m’entendre. Si vous n’avez jamais essayé de laver votre visage avec du miel brut, il ne vous reste qu’une chose à faire: foncez!

Le problème du miel, c’est qu’il contient naturellement des spores qui sont totalement inactives tant que le miel n’est pas en contact avec de l’eau mais qui vont faire une rave party dans n’importe quel produit avec une base aqueuse.

Solution: soit vous vous contentez d’utiliser le miel brut, soit vous utilisez une poudre de miel de qualité cosmétique qui peut être utilisée sans souci dans une crème ou n’importe quel autre produit aqueux.

4. L’ALOE VERA

Je sais. C’est pénible.

L’aloé vera est la star indétrônée de la cosmétique naturelle, on le trouve dans une multitude de formules et il est exhibé fièrement sur les étiquettes de produit (même quand il n’y en a que 0,0001%), alors c’est quoi le problème?!

Comme pour les ingrédients que j’ai déjà cités, il n’y a aucun problème avec l’aloé vera lui-même, bien au contraire. C’est un ingrédient très bénéfique pour la peau, avec un faible risque d’allergie et une foule de possibilités d’application mais c’est aussi un ingrédient très sensible à la contamination.

L’aloé vera ne présente pas les mêmes difficultés que les argiles, le charbon activé ou le miel et il peut être utilisé dans un produit aqueux en s’assurant bien sûr de le conserver correctement. En revanche, il est délicat et comme vous ne pouvez pas vous permettre d’ajouter un ingrédient contaminé au produit que vous êtes en train de fabriquer avec amour:

– oubliez le jus d’aloé vera pour remplacer l’eau dans vos préparations.

– si vous achetez un gel d’aloé vera, il doit impérativement contenir un conservateur.

– le plus simple et le plus sûr est d’utiliser une poudre d’aloé vera qu’il faudra conserver au réfrigérateur en la protégeant de l’humidité dans un contenant hermétique. Idéalement, vous ajouterez un sachet contenant de la poudre de riz ou de l’argile qui absorbera l’humidité; je vous mets un lien en bas de page vers un article d’Elham Ekhbali qui vous explique comment protéger vos ingrédients de l’humidité.

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5. LES INFUSIONS DE PLANTES

Les actifs de certaines plantes sont hydrosolubles et donc une façon logique de les libérer est de faire une infusion ou une décoction qu’on est bien tentée d’utiliser pour remplacer l’eau dans nos formules.

Le hic c’est que les plantes sont naturellement porteuses de bactéries et de champignons et que vous allez réveiller toutes ces Belles au Bois Dormant par le seul contact de l’eau. Elles sont elles aussi très sensibles à la contamination et vous aurez généralement besoin d’utiliser un pourcentage de conservateur multiplié par 2 ou plus. L’alcool benzylique (Cosgard, geogard, Preservative Eco) qui pourrait convenir théoriquement pose à son tour un autre problème : il en faudrait une énorme quantité et il est allergène au-delà de 1%.

La seule solution est soit d’utiliser des parabens ou du phenoxyethanol, soit de limiter votre utilisation des infusions de plantes à des soins minute. C’est pas cool je sais, mais j’ai vu des contaminations bactériennes se développer en moins d’une semaine dans une infusion mal conservée et c’est pas joli joli!

Vous pouvez aussi faire des extraits hydro-glycérinés qui seront beaucoup moins sensibles grâce à la glycérine. Ils ne peuvent pas remplacer l’eau dans vos recettes mais ils peuvent vous permettre de faire vos propres extraits et d’utiliser tous ces actifs bien tentants. Enfin, qu’il s’agisse des infusions ou des glycérats, utilisez idéalement de l’eau distillée ou une eau faiblement minéralisée que vous aurez faites bouillir au préalable.

6. LE BICARBONATE DE SOUDE

Oh la la, le bicarbonate de soude! Si on en croit les épingles Pinterest, il est  bon à tout: servir de déodorant bien sûr, mais aussi laver le visage, exfolier, réduire la graisse du corps, guérir des maladies, rétablir la paix dans le monde.

Commençons par les déodorants. Oui, le bicarbonate de soude a un fort pouvoir déodorant et oui ça marche du tonnerre.

Mais c’est aussi un ingrédient avec un très fort potentiel irritant qui peut et ne se prive pas de causer des rougeurs, des irritations ou même des brûlures si on en fait une utilisation prolongée, comme c’est le cas avec un déodorant. De ce fait, un déodorant avec du bicarbonate de soude irritera (ou brûlera) les aisselles de beaucoup de gens et pas nécessairement ceux avec une peau habituellement sensible. Pour minimiser le risque, on ne devrait l’utiliser dans une formule qu’à hauteur d’environ 1%, or on voit souvent des recettes DIY où le bicarbonate apparaît à hauteur de 20 ou même 30%! Je ne jette la pierre à personne, j’ai dans le passé joyeusement utilisé une recette avec 30% de bicarbonate qui ne m’a jamais irritée mais comme je ne l’utilise plus, je ne saurai jamais comment ça aurait évolué au long court.

Je sais que c’est particulièrement compliqué de trouver un déodorant naturel qui fonctionne correctement et que renoncer au bicarbonate pour cet usage est carrément décevant, mais je vous donne l’info. Pour le reste: vos aisselles, votre choix.

En ce qui concerne son usage pour laver le visage ou exfolier, le bicarbonate dissout en effet les graisses et les saletés, il est immédiatement rincé, alors on se dit: why not?! Il a un pH d’environ 8,3 et un produit cosmétique devrait avoir un pH entre 4,5 et 5,5 pour être respectueux de la peau: that’s why. Si vous utilisez du bicarbonate de soude sur votre peau, vous flinguez son pH et son manteau acide, donc sa barrière protectrice.

Le plus raisonnable est d’utiliser des nettoyants et des exfoliants respectueux de la barrière cutanée et soit de limiter le % de bicarbonate dans vos déodorants, soit de chercher des recettes sans bicarbonate.

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7 – L’ORCANETTE

Elle est moins populaire que tous les autres mais elle est néanmoins bien connue des savonnières car c’est un colorant naturel. C’est une plante dont les racines contiennent de l’alkannine, un colorant rouge-brun liposoluble qui vous permet de colorer les savons donc, mais aussi les baumes et d’obtenir une gamme de couleurs magnifiques allant du rouge au violet. Rouge + baume = baume à lèvres teinté, non?!

Malheureusement, l’orcanette est hépatotoxique et son usage interne est interdit puisque dangereux. Evidemment, vous ne tomberez pas foudroyée dans la seconde si vous posez sur vos lèvres un baume contenant de l’orcanette, mais Il est préférable de ne pas l’utiliser dans ce type de formules. Elle ne pose en revanche aucun souci en usage externe, donc vous avez encore de quoi vous amuser avec les savons et les baumes ou les huiles.

Je ne vous ai pas sapé le moral, j’espère?! En fait, rien ici n’est interdit mais tout demande des précautions et de bonnes informations. Finalement, la toxicité est surtout une question de dosage et de précautions d’utilisation.

Pour finir, il y a des moyens de contourner certaines de ces difficultés avec des techniques de formulation plus avancées que ce qu’on utilise habituellement en DIY, donc pas de panique si vous voyez des masques ou des nettoyants commercialisés contenant ces ingrédients! Au moins en ce qui concerne les marques commercialisées en Europe, leur innocuité a été testée et validée par des experts, vous pouvez donc les utiliser tranquillement. En ce qui concerne vos préparations maison, vous savez maintenant à quoi faire attention, donc vous pouvez là aussi être tranquille.

Bonne tambouille!

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Lecture

How to protect your products/ingredients from humidity, Swettis Beauty Blog